[OSM-talk-fr] Priorité au terrain et plaques ou panneaux bilingues

Philippe Verdy verdy_p at wanadoo.fr
Dim 13 Mai 02:26:30 UTC 2018


Le 11 mai 2018 à 19:55, Rpnpif <rpnpif at trob.eu> a écrit :

> Le  9 mai 2018, Christian Rogel a écrit :
> Je regrette simplement que le gallo ne soit pas utilisé là où il le
> devrait. Cette langue a son propre génie (et ce n'est pas du vieux
> français ou si peu, la France n'existait pas à ses origines. C'est un
> mélange de breton, français, romain et autres dont probablement du
> persan). Comme le Breton (plus ou moins celtique), c'est une langue
> d'immigrés.
>
Le français est une langue créée récemment de toute pièce à base de
substrats de diverses origines; s'il s'est d'abord développé sur des bases
angevines (donc très très proche du gallo), il a vite acquis des traits
occitans mais surtout s'est fortement régularisé sur les bases latines
(encore une langue d'immigrés parlée alors par une élite religieuse) et
encore plus avec les bases grecques (encore plus élitistes; le grec n'a
existé en France qu'en Provence et en Corse, avant le latin romain, qui est
devenu largement occitan tandis que le latin persistait dans l'église sous
une de "jargon vulgaire" développé au sein de l'administration religieuse).
Les bases celtiques existent aussi en Bretagne mais encore plus en
Normandie (le normand est plus proche du celte) mais lui aussi vient de
migrations venue d'Europe du Nord.

Le "français" s'appelle comme ça à cause des Francs (un peuple germanique
qui lui aussi a envahi la Gaule) et il en reste encore des traces en France
avec les variétés du francique mosellan. Ce francique était très loin des
parlers latins vernaculaires et encore plus du latin d'église. Clovis, roi
des Francs en France pourtant était d'origine bretonne, mais parlait une
variété du gaulois mélant les influences celtes et normandes, un parler
plus proche du gallo que du français actuel fortement latinisé: il ne s'est
mis au latin vernaculaire qu'à cause de sa femme Clotilde après sa
conversion au catholicisme (et là il a utilisé l'instrument de pouvoir de
l'église, le latin, et il s'est donc développé autour de lui dans la région
Nord de la Loire ce parler angevin avant même que soit fondé le premier
fief royal qui ne s'étendra que plus tard à la région parisienne: le fief
royal était tout petit au départ c'était juste des domaines de chasse
autour de Lutèce comme Fontainebleau et un petit bout en Picardie, le reste
c'était les fiefs d'église et sinon les différents duchés et comtés plus ou
moins indépendants mais qui ont reconnu l'autorité royale parce qu'elle
s'état christianisée après eux: hors du fief royal l'influence de l'église
était bien plus forte et s'étendait un peu partout en Europe et avec ses
différentes missions et ambassades ce latin d'église avait développé son
propre jargon international loin du latin classique; c'est de ce jargon un
peu trop loin de la France, du grec utilisé pour contrebalancer
politiquement le pouvoir et le prestige de l'église, mais aussi de la
langue d'oil ligérienne royale que naitra le "vieux français" qui en fait
ne désignait pas du tout les variantes occitanes moins germaniques et plus
latines du sud de la France actuelle; le "français" qu'on connait
aujourd'hui n'a rien à voir, il a été créé de toute pièce au XVIIe siècle
pour unifier le parler royal et l'étendre aux nouvelles possessions dans
tout le sud de la France, dans le sud-ouest contre les anglais, dans l'est
et le nord contre les Pays-bas espagnols, l'alliance avec les Germains et
leur influence a prévalu pendant des siècles contre les "Anglais", en fait
contre les normands qui ont conquis la Bretagne après que les Romains s'en
soient retirés, puis après les invasions saxones qui ont poussé les Bretons
de l'autre coté de la manche)...
Le breton est donc aussi une langue d'immigrés, mais il est resté
prestigieux pendant longtemps dans toute l'Europe jusqu'à la cours de Suède
et de Russie, avant même que le Français n'apparaisse. L'occitan (qui plus
tard se distinguera du catalan) sera relégué à une langue plus ou moins
inspirée de l'ancien empire romain décadent et éloigné du prestige du latin
d'église (qui n'avait plus rien de romain puisque Rome n'a pas vraiment
imposé sa culture aux populations qui donc ont développé des tas de formes
vernaculaires régionales, mais seulement aux élites gauloises).

On ne peut pas comprendre ce qu'est le français si on n'admet pas que c'est
une langue chapeau au départ fondée sur des tas de substrats dont le nombre
s'est étendu au gré des acquisitions du domaine royale puis de la prise de
controle politique de ses fiefs contre l'église (le royaume de France s'est
paré des vertus de la religion pour défaire la lointaine autorité du pape)

Mais on peut remonter encore plus loin: la plupart des langues européennes
ont un substrat commun issu de vieilles migrations venues d'Asie contre les
peuples "barbares" (il reste juste quelques isolats, notamment le groupe
basque-navarre qui est resté loin de l'influence romaine et longtemps à
l'écart de l'influence de l'Eglise, dans une Espagne longtemps affaiblie
par les invasions mauresques et le prestige culturel de l'islam ibérique
dans une Europe chrétienne restée souvent inculte et rétrograde).

Y a-t-il en fait quelque part dans le monde une seule langue qui ne soit
pas celle de populations immigrées ? J'en doute, même pour la plus grande
partie de la Chine (qui a aussi été envahie par les turcs et leurs alliés
mongols), même le japonais ou le coréen est issu d'invasions chinoises. Il
n'en reste plus qu'en Amérique du Sud et Australie avec les langues
aborigènes minoritaires, largement créolisées maintenant par les autres
langues apportées par les colons. Si on en cherche, il reste seulement
l'ancien arabe, l'arménien, l'hébreu, le grec moderne, le turc, et les
restes de la langue sabéenne en Ethiopie épargnée par les invasions
arabo-musulmanes et protégée par la plus ancienne église éthiopienne. On
peut en trouver aussi en Inde avec le sanskrit (dont dérive l'hindi et
l'ourdou, deux langues qui n'en font en fait qu'une l'hindustani, mais
différenciées seulement à la fin de l'Empire britannique par leur écriture
selon leur influence religieuse).

Bref qu'appelle-t-on immigrés? ceux qui parlent la langue des derniers
arrivés sur un territoire où ils sont restés culturellement minoritaires.
Quand les conquérants ont assis leur pouvoir et pris possession des
domaines, ils ne sont plus des immigrés, ils imposent leur langue par leur
administration, qui rapidement développe une variété locale en se
créolisant pour renforcer cette autorité. L'Europe a eu de nombreuses
guerres et invasions de toutes sortes et les règles ou guerres de
succession des élites ont largement contribué à ce mélange et la
multiplication des variétés. Pour exister aujourd'hui en tant que "langue"
ces variétés ont du s'appuyer sur la volonté politique du dernier seigneur
des lieux.

On ne parle plus "d'immigrés" quand il s'est écoulé 2 générations
installées sur le sol. Là commence le vrai processus de fusion vers une
culture commune. Ce qui reste plus longtemps et ne s'assimile pas ce sont
les fondamentaux religieux (à cause du convervatisme des textes sacrés qui
veulent aussi préserver leur langue et leurs autorités indépendamment des
régimes politiques qui n'ont que rarement tenu au mieux qu'un siècle).

Si on cherche dans le monde un pays resté plus épargné de ces mélanges il
faut le chercher loin des empires et protégé des invasions: l'Islande, dont
pourtant toute la population vient des migrations de peuples nordiques
venus avec leur langue d'origine centre-asiatique et peu influencée par les
bagarres d'influence entre des pouvoirs royaux héréditaires et par
alliances, et les pouvoirs religieux. L'Islande a le plus vieux système
parlementaire du monde.
-------------- section suivante --------------
Une pièce jointe HTML a été nettoyée...
URL: <http://lists.openstreetmap.org/pipermail/talk-fr/attachments/20180513/9cad9311/attachment.htm>


Plus d'informations sur la liste de diffusion Talk-fr